Dans le magasin

Chez Edgar est un projet d’expositions en appartement, initié en janvier 2010. A l’invitation de Störk galerie, Chez Edgar quitte ses appartements et imagine un projet immersif pour le lieu. La Störk galerie occupe un espace avec bail commercial, une large vitrine donne à voir l’intérieur du lieu, tandis qu’une enseigne publicitaire, indiquant  Climatisation Störk à l’entrée du lieu entérine la confusion entre un espace d’art et un commerce de services.

Prenant comme point de départ les contextes urbanistique et architectural de Störk galerie, la déroute que peut créer l’accrochage du mobilier urbain et publicitaire auprès des passants, l’exposition « Dans le magasin » détourne le lieu de l’exposition et imagi ne un display-boutique. Recueillant du réel ce qu’il a de plus stéréotypé, dans cette boutique un peu à part les codes directs de la grande ou moyenne distribution ressurgissent. L’espace de la galerie est ainsi requalifié en un petit commerce, où chaque élément qui le compose est une œuvre d’art.

A l’instar de projets artistiques développés depuis les années 1960, « Dans le magasin » s’interroge fondamentalement sur la spécificité de la diffusion et de la vente de l’art contemporain, et joue des frontières entre commerce de l’art et commerce tout court.

C’est ainsi qu’en 1961, Oldenburg exposait et vendait dans son atelier transformé en Store, divers mets et objets en plâtre peint ; The american supermarket, exposition ouverte quelques années plus tard à New-York également, rejouait l’esthétique hygiénique des petits supermarchés ; à la fin des années 1970, dans la boutique du Pavillon fictif de Miss General Idea, installation en forme de dollar, le collectif proposait ses multiples à la vente directe ; quand plus récemment, Fabrice Hyber transformait le musée d’art moderne de la ville de Paris en un Hybermarché.

A sa manière, « Dans le magasin » recrée un espace de vente, maniant les modes de dialogues entre les œuvres, qui interagissent directement par des jeux de superposition, addition, juxtaposition. Ici, dans un lieu aux allures de boutique traditionnelle, le visiteur, sera quelque peu surpris par des objets bavards, en retraits, curieux, par un mélange d’œuvres aux registres et histoires variés.

C’est ainsi qu’invitant le promeneur à entrer dans le magasin, Phénix de John Cornu, un néon initialement entrelacé remis à plat, rejoue le signe visuel de l’enseigne publicitaire.

Luc Kheradmand et Sébastien Rémy composent des pièces sonores d’« ambiance » issues de l’analyse de bandes son qui accompagnent les vidéos de démonstrations : Point de vente, à l’entrée du magasin, constitue le premier opus de cette série.

Hard Trance, mobilier conçu par Andrès Ramirez, selon des principes d’équilibres extrêmement précis et suivant les lignes modernistes, supporte La machine de Johan Parent, qui déroule puis sculpte une bande de papier machine, et est associé à une chaise à plan oblique, 1.04%, une collaboration de Sébastien Rémy, David Dahan, Samuel Delannoy.

Laurent Isnard nous dévoile le potentiel décoratif d’un cadre ornemental animé une fois désossé,  Après chaque bain, il se détendait en écoutant un bon morceau de jazz 2010 et élabore un système de retransmission vidéo en direct, à la manière des caméras de surveillance.

Transferts de matériaux et extrême délicatesse dans l’appropriation du réel, Sibylline, ipn façonnés en verre, et Sans Titre, parpaings réalisés en marbre de carrare par John Cornu, côtoient un sandow rigidifié, une pièce de Stéphane Vigny, Cramp, et un tas de multiprises dont l’enchevêtrement n’empêche en rien l’alimentation d’une petite lampe, réalisé par Julie Tocqueville.

Josué Rauscher, qui parle volontiers de son engouement pour le bricolage à la maison, reproduit un motif de carrelage qui l’avait interpelé au hasard d’une rue puis propose l’acquisition pour une somme très raisonnable, du kit la Fantaisie du carreleur, composé de carreaux, coupe-carreau et plan, qui permet à tout un chacun de reproduire cette mosaïque chez soi.

Sur une étagère en apesanteur de Julie Tocqueville (Suspens) reposent quelques objets décoratifs : une boule à neige réinterprétée par Stéphane Vigny, et un moteur baignant dans un bain d’huile, tel un organe dans du formol, de Johan Parent qui nous dévoile ici une partie de son cabinet de curiosités.

L’esthétique commerciale de ce projet est finalement consacrée par les cartels qui affichent délibérément le prix de chaque objet, dont le graphisme a été réalisé par Alexis Gaillard.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s